Lors de la célébration des 40 ans d’Ashalayam en mars dernier, nous avons eu le privilège d’accueillir d’anciens membres venus partager leurs parcours. Leurs récits, empreints de sincérité et de gratitude, témoignent de la puissance de l’accompagnement humain et de la solidarité.
Nous avons retranscrit ces témoignages avec le plus grand soin, en veillant à respecter l’essence de leurs propos lors de la traduction.
Sans plus attendre, voici leurs prises de parole :
Témoignage 1 – Bablu
Tout d’abord, je suis très heureux de revenir à Ashalayam.
Franchement, cela faisait très, très longtemps : 21 ans. Cela me fait un bien fou. Heureusement, Ashalayam est là. Heureusement, vous êtes là. Car sans vous, honnêtement, nous ne serions rien.
Nous étions des enfants de la rue, d’ici. Nous n’existions presque pas. Et aujourd’hui, je suis la preuve vivante que tout est possible grâce à vous. Tout ce que je suis, c’est le fruit de votre travail, de votre temps, de votre aide.
Grâce à vous, j’ai pu faire de bonnes études, saisir des opportunités que je n’aurais jamais imaginées. Aujourd’hui, j’ai une famille, deux enfants magnifiques. Ma fille a 18 ans, mon fils 15, et ils poursuivent de brillantes études. Je sais que ma réussite, je vous la dois. C’est maintenant à moi de travailler dur à mon tour.
Je vous remercie pour cette opportunité de témoigner. J’ai commencé mon parcours avec un projet personnel, puis étudié dans une excellente école, la POP à Santa Cruz. J’ai ensuite fait des stages, intégré une formation professionnelle. J’ai travaillé 15 ans aux Galeries Lafayette, une grande enseigne française, où j’ai développé mes compétences en tant que manager.
Aujourd’hui, je gère trois établissements : une brasserie à Montévrain, près de Disneyland, et deux autres à Meaux. J’aime profondément mon travail, car je n’oublie jamais d’où je viens. C’est mon identité.
Je n’oublierai jamais ce que vous avez fait pour moi. Merci à vous tous, merci à Ashalayam. Et merci à mes frères : Monange, Sumon, Clopat, Tomusri… Je ne peux pas tous les nommer, mais je suis fier que vous soyez là.
Témoignage 2 – Sonali Dev
Bonjour à tous, Namaskar. Je suis Sonali Dev. Je suis arrivée à Ashalayam en 1998, à Sheldon Station. Les pères et sœurs venaient à la gare pour donner des cours gratuits. Ma grande sœur était déjà dans un centre d’Ashalayam, elle venait avec les sœurs. J’étais curieuse, j’ai demandé à venir aussi, et ils m’ont accueillie.
J’ai ensuite vécu à Asha Deepti, à Kolkata. Ma sœur est partie, moi je suis restée pour continuer mes études. J’ai fait mon primaire à l’école Rangaskar, à Thakur Nagar, puis mon lycée à Chapra Nadia. Ensuite, j’ai étudié les soins infirmiers à l’école Murtiwan.
En 2016, j’ai obtenu un poste dans un hôpital public du Bengale occidental, l’un des plus spécialisés de la région. Aujourd’hui, je travaille à l’SSKM Hospital de Kolkata, dans le service de chirurgie gastro-intestinale, en tant qu’infirmière de bloc opératoire.
En ce jour spécial, je tiens à exprimer ma reconnaissance envers les pères d’Ashalayam. Je rends ce que j’ai reçu en visitant des foyers pour parler aux jeunes, notamment aux filles, pour les inspirer et leur montrer qu’elles aussi peuvent réaliser leurs rêves.
Merci à tous.
Témoignage 3
Bonjour à tous. Mes frères et sœurs, mes pères, mes amis.
À nos débuts à Ashalayam, en tant qu’enfants des rues, nous avions l’impression d’être très en retard sur les autres. Ce sentiment nous a longtemps accompagnés. Mais après nos études, après avoir intégré le monde professionnel, nous avons réalisé quelque chose d’extraordinaire : aujourd’hui, nous sommes parfois plus avancés que ceux qui ont grandi dans des conditions dites « normales ».
J’ai travaillé dans plusieurs grandes villes d’Inde : Delhi, Bhopal, Bangalore, Kolkata. J’ai rejoint de grandes entreprises internationales.
Aujourd’hui, je suis psychologue dans l’un des plus grands hôpitaux d’Inde, spécialisé dans les maladies rares, difficiles à diagnostiquer.
Mon message pour les futures générations d’Ashalayam : continuez à recevoir ce soutien, cet amour. C’est ce qui nous a permis de devenir ce que nous sommes. Merci.
Témoignage 4
Mes oncles, tantes, pères, amis, mes jeunes frères et sœurs,
Comme vous, je fais partie d’Ashalayam. Aujourd’hui, je travaille avec Sonali dans le plus grand hôpital du Bengale occidental.
Notre parcours a commencé à partir de rien, mais nous avons reçu de l’amour, du soutien, des soins. Ce que beaucoup d’enfants, même dans des familles « normales », n’ont pas toujours. Nous sommes chanceux d’avoir grandi dans une telle famille.
Je souhaite aux jeunes d’aujourd’hui de vivre la même transformation. Merci à vous tous.
Témoignage 5 – Raj
Bonjour à tous.
Comme l’ont dit mes aînés, quitter Ashalayam, c’est sortir d’un cocon. Le monde extérieur est parfois rude.
J’ai essayé plusieurs métiers : couturier, coiffeur, conducteur… Aujourd’hui, je gère une supérette et un restaurant, avec six employés. Je suis très heureux.
Ma passion, c’est la moto. J’ai parcouru toute l’Inde, deux fois, à moto.
J’espère que les enfants d’Ashalayam d’aujourd’hui pourront suivre un chemin semblable et se construire une belle vie. Merci à vous tous.
Témoignage 6
Le père George m’a fait venir ici grâce aux sœurs de Mère Teresa. J’ai grandi à Ichapur, à Howrah. J’ai commencé l’école à quatre ans, mais j’ai dû arrêter après mon mariage et la naissance de mes deux filles.
Grâce à Ashalayam, et particulièrement à Florence qui m’a soutenue, j’ai appris à prendre soin de mes enfants.
Sans Ashalayam, je n’aurais pas pu faire autant pour ma famille.
Témoignage 7
Je suis arrivé à Ashalayam en 2003. Avant cela, je vivais sur le quai de la gare de Dum Dum. Ashalayam a tout changé pour moi : la sécurité, l’éducation, la nourriture, et surtout, la motivation.
Aujourd’hui, je suis avocat à la Haute Cour de Calcutta.
Quand je suis arrivé, on m’a demandé : « Quelle est ta définition d’Ashalayam ? »
J’ai répondu : « Ashalayam est une échelle qui nous mène du néant aux sommets. »
Merci pour tout ce que vous faites pour les enfants des rues.
Témoignage 8 – Kapil Chowdhury
Bonjour à tous. Je suis Kapil Chowdhury, l’un des premiers jeunes d’Ashalayam, à Bihl Khana, dans ce qu’on appelait la « ville de la joie », l’un des plus grands bidonvilles d’Europe.
J’y ai vécu trois ans, puis cinq ans à Kadam Thala. J’ai été enseignant et éducateur après mon passage à Ashalayam. Bablu, que vous avez entendu, je l’ai vu grandir.
J’ai aussi dirigé Ashalayam à Delhi pendant deux ans. Aujourd’hui, je travaille au consulat japonais, au ministère des Affaires étrangères.
Je dois tout à Ashalayam : l’éducation, la culture, les valeurs humaines. Merci à vous, à l’ange Frederick, au père George, et à toute l’équipe.
Témoignage 9
J’ai été à Ashalayam pendant 4-5 ans. Avant, j’étais un enfant fugueur. J’ai vécu à Delhi, Bombay, puis une travailleuse sociale m’a orienté vers Calcutta, en 1997.
Ashalayam m’a permis de reprendre ma scolarité, d’aller ensuite à Saint Xavier’s College, de travailler en boutique le soir et d’étudier le jour.
J’ai poursuivi mes études à Delhi, puis Bombay, avec un Master en travail social à l’Institut Tata. Aujourd’hui, je suis consultant pour plusieurs ONG et j’ai fondé Himalayan Prayatana pour aider les enfants tribaux. J’ai accompagné 774 jeunes vers l’enseignement supérieur.
Merci Ashalayam. Tout vient de vous.
Témoignage 10 – Manoj
Je vis à Paris, où je dirige un hôtel. Tout a commencé à Ashalayam.
Après nos études, grâce à Fred et à l’ASA, nous avons eu la chance de faire des stages et des formations en France. J’ai participé à plusieurs concours, dont celui du meilleur chef. Aujourd’hui, j’aide mes apprentis et transmets ce que j’ai appris.
Je fais aussi partie de l’ASA à Paris. Merci à tous, je vous aime.
Témoignage 11 – Samer Roy
Bonjour à tous. Je suis Samer Roy, l’un des plus anciens d’Ashalayam. Mon anglais n’est pas parfait, mais j’espère que vous me comprendrez.
Je viens de Goa. J’ai fui ma maison vers 1994-95. Arrivé à la gare de Howrah, j’ai rencontré Frédéric. C’est grâce à lui que je suis ici.
J’ai étudié la gestion hôtelière, encouragé par mon parrain, Andreas, qui m’a ouvert les portes des grands hôtels de Calcutta. J’ai ensuite travaillé pour Hyatt, à Dubaï, puis à Jersey, en Angleterre.
Merci à tous ceux qui ont rendu cela possible.
Merci à tous les anciens d’avoir partagé ces témoignages inspirants. Ashalayam est bien plus qu’un lieu : c’est une famille, un tremplin, un espoir.
























